Prologue
C’est l’histoire d’un homme qui vit dans un appartement. Un jour, il y découvre une araignée. Il essaie de la tuer. Il croit l’avoir fait. Mais elle réapparaît. Il essaie encore et encore. Mais à chaque fois, elle réapparaît, toujours immobile comme une tache.
Elle est là, toujours dans les moments où il ne devrait rien se passer, où le bonheur est presque là ou le malheur pointe le bout de son nez. Elle détourne tout événement. Elle empêche l’homme de vivre sa vie.
Alors il devient presque fou. Et un jour, il décide de se suicider. Avec l’araignée. Il meurt. Et sur sa tombe, la petite bête tisse encore sa toile, trente ans plus tard.
A ce stade, vous et moi, personne ne sait rien de l’homme. Ni de l’araignée. Ni de l’appartement. On peut imaginer un tas de choses. Echafauder des tas de raisons qui ont poussé l’araignée à aimer l’homme, ou l’homme à s’obséder des araignées, ou l’appartement à accueillir maladroitement homme et insecte, peu fait l’un pour l’autre. On peut tout imaginer, tout construire, créer des relations, les raisons qui ont conduit à ce drame, si fantastique et si risible.
On pourrait aussi s’arrêter là, comme une bonne histoire drôle, un truc de fin de repas. On pourrait faire croire qu’on l’a lu dans la presse, ou sur Internet.
Mais si on en restait là, que survivrait-il ?
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